1803. "Une grandeur absurde" : La Conquête du monde par Bernard Quiriny (Évène)
Par general, jeudi 5 janvier 2012 :: #1803 :: rss
La Conquête du monde de Sibylle Grimbert
La comédie sociale n’est pas un genre facile, et les écrivains français sont finalement peu nombreux à le pratiquer, en tous cas avec le même succès que Sibylle Grimbert qui, en six romans, a imposé un nom, un style, un humour, une étrangeté. Ludovic, le héros de La Conquête du monde, est typique de son univers : jeune homme brillant, avocat, père divorcé, il va bizarrement se mettre à tout rater avec méthode, en s’enlisant à chaque nouvelle idée, comme un homme prisonnier de sables mouvants. Après avoir voulu être historien, Ludovic a bifurqué vers le droit, créneau plus porteur. Mais il abandonne son cabinet pour se lancer dans un projet absurde : développer le badminton et en faire un sport grand public, qui passionnera les foules… En amour, ce n’est pas terrible : après s’être ridiculisé en tentant de reconquérir la mère de son fils, il devient parasite chez Dorothée, qui finance son oisiveté. Le supportera-t-elle longtemps ? Et puis il y a les rapports sociaux, où la cote de Ludovic dégringole : bourdes dans les dîners, jalousie à l’égard d’amis qui réussissent, humiliations devant son fils de dix ans… La fin de sa trajectoire, énorme et grotesque, couronne avec une grandeur absurde cette spirale excentrique, la romancière oscillant entre tendresse compatissante pour l’inadaptation de son héros et cruauté sadique à lui inventer de nouveaux tourments. Il y a dans cette Conquête un mélange d’absurde et de logique, de fantaisie pure et de satire sociale qui en font une réussite et qui donneraient un excellent film, comme une comédie à la fois populaire et intello.
Bernard Quiriny
Évène

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