1771. Leçons sur la langue française de Pierre Guyotat par Laurent Nunez dans le MAGAZINE LITTÉRAIRE.
Par general, lundi 5 décembre 2011 :: #1771 :: rss
Retrouvez un texte inédit, Leçon sur Augustin, de Pierre Guyotat dans le MAGAZINE LITTÉRAIRE du mois de décembre, présentation du texte par Laurent Nunez
Pierre Guyotat fait figure d'écrivain d'avant-garde, constamment, violemment. Lui qui connut le succès et le scandale en 1967 grâce à Tombeau pour cinq mille soldats (livre pour lequel Foucault dit : J'ai l'impression (et je ne suis pas le seul) que vous avez écrit là un des livres fondamentaux de notre époque: l'histoire immobile comme la pluie, indéfiniment itérative, de l'Occident au XXe siècle
, lui qui a tant surpris avec Éden, Éden, Éden ou avec Progénitures, voilà qu'il étonne encore, et qu'il séduit, par la publication faussement classique de ses Leçons sur la langue française - qui proviennent du cycle de la leçon qu'il a donné pendant quatre ans, de 2001 à 2004, à l'université Paris-VIII. Oui, Guyotat entreprit peut-être dans ses romans de remodeler la syntaxe et de déconstruire la phrase, mais il le faisait visiblement dans la continuité de ses maîtres, et c'est bien le premier mérite de ce livre que de montrer la bibliothèque de l'écrivain.
Des serments de Strasbourg à Beethoven, de Villon à Ponge, de saint Augustin à Stendhal, Guyotat relit avec nous ces belles qui le touchent et l'émeuvent, et qui le forcent à réfléchir sur la question même de la littérature. L'ouvrage tient dès lors de l'anthologie commentée: avec sa simplicité et son intelligence, Guyotat cite et analyse longuement Chateaubriand, Saint-Simon ou Chénier, qui semblent ses écrivains préférés. On découvre dès lors qu'entre lui et ces auteurs classiques il n'existe pas vraiment de solution de continuité; plutôt une étroite passerelle qu'on n'avait peut-être pas vue, mais qui existe assurément, et que rien ne pourra détruire. La littérature classique relue par Guyotat: le projet était plus qu'appétissant; et cela donne des fulgurances comme celle-ci, sur Musset: On le prend pour une espèce d'auteur pour jeunes filles - pourquoi pas? les jeunes filles ne sont pas du tout ce qu'on pense.
Laurent Nunez

Commentaires
1. Le lundi 5 décembre 2011 par Lecteur lambda
2. Le lundi 5 décembre 2011 par Sonia
3. Le lundi 5 décembre 2011 par Erick-Denis
4. Le lundi 5 décembre 2011 par leo
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