Nous avons voulu que ce disque-là soit plus direct : c’est une collection de chansons clin d’œil aux 60’s et 70’s, sans fil rouge particulier explique Emmanuel Tugny, au chant...mais aussi à la basse, guitare, piano, banjo, ukulélé! L’ensemble ne manque pourtant pas de cohérence : les titres sont polis par la même patine vintage et traversés par une énergie joyeuse unique. Nous sommes tous des perfection- nistes acharnés, mais cette fois, nous avons pris le parti de nous amuser : je crois que ça se sent. Tugny et sa bande (il nous dit : Je suis un mec de meute) y enchaî- nent les duos enlevés laissant la part belle aux voix à forte personnalité, comme celle éraillée et prenante de Sapho, ou encore celle grave et britannique de John Greaves. Ça cause français, anglais, russe, les boucles lyriques du violon se superposent au gros son de la basse, sans parler de la ribambelle d’instruments exo- tiques traînant ici où là: kalimba, tampura, sitar et autres tablas.

Le tout donne un objet délicieusement éclectique, aux saveurs très gainsbouriennes. Et où la littérature n’est jamais loin : une texte de Lewis Carroll et deux poèmes d’Henri Michaux et Francis Ponge sont lus sur un accompagnement ciselé sur mesure. La musique, c’est un peu comme la cuillère plongée dans le pot de confiture : elle permet de faire avaler ce qui peut paraître au premier abord amer dans la littérature éclaire Tugny, qui vient par ailleurs de publier un roman (Après la terre, Ed. Léo Scheer) et un essai (Pour un dressing, Ed. Châtelet-Voltaire).

S’il éprouve autant le besoin de mélanger les deux genres, c’est aussi parce qu’il les juge complémentaires. J’écris des livres pour soulever le désordre du monde et poser des questions. Je fais des chansons pour apporter les réponses que j’ai trouvées. C’est dit.

Aena Leno