1743. Article de Muriel Steinmetz sur La Manouba de Solange Mézan dans l'Humanité
Par general, vendredi 4 novembre 2011 :: #1743 :: rss
Le livre de Solange Mézan, La Manouba, vu par Muriel Steinmetz dans l'Humanité du jeudi 3 novembre 2011
En fouillant les tiroirs de la mémoire
En un bref récit fait de phrases démesurément longues, la narratrice Solange Mézan trace le portrait d'une femme au caractère inflexible qui porte en elle une blessure secrète.
Ce livre, d'un mince volume, parvient à restituer le courant de la vie ainsi que la nauséabonde lâcheté d'une famille face à la folie d'un de ses membres. Le personnage central, tenu à bonne distance du narrateur par l'usage du pronom personnel elle
, est une femme d'âge qui vit chez son fils depuis la mort de son conjoint. Tyrannique et rebelle, d'une mise austère - blouse sombre et natte raide dure comme un bâton qui lui pendait jusqu'à la taille
-, elle ne sourit et ne rit jamais. Dans la maison, c'est elle qui, aidée d'une autre grand-mère - la mère de sa bru -, prépare les repas. Un mystère rôde autour de cette figure autoritaire qui pleure en cachette. La photographie d'un enfant cachée dans sa table de nuit permet à la narratrice de tenter de remonter dans le passé de cette femme secrète.
Certains indices laissent à penser que nous ne sommes pas en France mais dans un pays d'Afrique du Nord. Dernière fille d'une famille nombreuse, nous apprend la narratrice, elle était belle à couper le souffle mais de petite taille, si bien que sa mère, qui lui cherchait un prétendant, l'obligeait à rester juchée sur des sabots hauts d'une dizaine de centimètres sous sa robe
devant le pas de sa porte. L'expression mariage forcé
n'est pas employée comme si le récit omettait d'emblée certains termes pour se situer à un niveau d'écriture moins banal. Jeune femme de caractère inflexible, elle tombe néanmoins enceinte d'une fille puis d'un garçon, avant multiplier les fausses couches.
À quarante cinq ans, elle accouche de son dernier enfant, celui qui manquait, celui qu'il fallait, l'enfant, le dernier
, né grand prématuré. Elle construit une petite caisse en bois à peine plus grande que lui pour qu'il continue à grandir comme s'il était encore dans son ventre. La narratrice saute parfois des années comme elle passe sous silence le folie dece fils né trop tôt. Elle en restitue juste les ymptômes, l'angoisse d'une mère, le poids sur les autres membres de sa famille, l'internement du jeune homme à La Manouba, hôpital psychiatrique en Tunisie, son exil dans un hôpital français et sa mort à quarante et un an, parce qu'il n'a pu survivre à son déracinement tardif. Solange Mézan use de phrases démesurément longues (d'une ou deux pages) qui semblent couler de source.
Cela oblige parfois le lecteur à revenir en arrière pour en avoir le coeur net, mais n'est-ce pas là le mouvement même de ce récit?
Muriel Steinmetz

Commentaires
Aucun commentaire pour le moment.
Ajouter un commentaire