1702. Un certain Pétrovitch de Fabrice Lardreau, coup de cœur d'Arnaud Viviant sur France Inter
Par general, samedi 17 septembre 2011 :: #1702 :: rss
Arnaud Viviant a consacré aujourd'hui sa chronique littéraire hebdomadaire de France Inter au nouveau roman de Fabrice Lardreau, Un certain Pétrovitch. Vous pouvez l'écouter ici.
Il a également publié sur le site Les Influences l'article ci-dessous :
Un Spiderman complètement Gogol
Fabrice Lardreau fait partie des rares écrivains français contemporains que Michel Houellebecq a distingués un jour. Bon. Ici, dans ce conte intitulé Un certain Pétrovitch, il fait en tout cas acte de piété littéraire, et même de prosternation, en réécrivant une version moderne (post-moderne ?) de la célèbre nouvelle Le Manteau (1841) de Nicolas Gogol. On connaît l’histoire : Akaki Akakievitch, un petit fonctionnaire de Saint-Pétersbourg, n’a d’autre rêve que de s’acheter un manteau chaud pour l’hiver ; il y parvient au prix de sacrifices inouïs, mais le soir même des voleurs le lui dérobent. Il en crève. La nouvelle s’achève sur un épilogue fantastique : le fantôme du héros hante les rues de Saint-Pétersbourg pour arracher des manteaux aux hauts fonctionnaires (la classe).
Ce qui nous donne, presque mathématiquement et mutatis mutandis comme on dit, dans la version Lardreau : Nicolas Pétrovitch, petit comptable parisien dans une fédération sportive, se prend pour Spiderman (Fabrice Lardreau est par ailleurs un alpiniste chevronné, l’altitude c’est son kif). Du coup, la description minutieuse de la vie du comptable, qui donne à voir toute une société souterraine (métro, boulot, dodo), bascule à tout moment dans une vision fantastique que Lardreau, un peu comme Gogol, semble à peine maîtriser. Voici Pétrovitch à l’école des super-héros. Voici Pétrovitch au journal de 20 heures. Voici Pétrovitch à l’Elysée en train de rencontrer un autre Nicolas. Voici Pétrovitch dans un super-caca.
Bref, le programme du Manteau (divorce entre les apparences, le rêve et la réalité, jusqu’au fantastique) est donc réactualisé ici, sans se moucher ni se hausser particulièrement du col, genre « regardez comme je suis cultivé », grâce la friction et la guerre froide en permanence entre culture « populaire » et culture « haute », soit la bande dessinée américaine et la littérature russe. Un certain Pétrovitch c’est Marvel contre Gogol, mais tout contre, et pour ainsi dire avec. Mais ça marche quand même à l’ancienneté : à la fin du conte, c’est moins de voir (ou revoir) Spiderman II qu’on a envie, que de lire (ou relire) tout Gogol.

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