1629. A propos du "Traité" par Léo Scheer
Par libraires, lundi 4 juillet 2011 :: #1629 :: rss
Le traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations de blogueurs pour lequel j'ai reçu une aide précieuse d'Alexandra Varrin et Abeline Majorel, sera en librairie le mercredi 6 juillet 2011.
Il se présente comme un abecedaire de 26 rubriques, et s'inscrit dans une réflexion menée depuis plusieurs années et dont j'aimerais dire quelques mots.
Le "Traité" est à mes yeux une première illustration des conséquences de l'Internet sur les "usages" et donc sur le fonctionnement de la société. J'avais commencé cette analyse des futurs possibles au début des années 90 avec un ouvrage de prospective : La démocratie virtuelle, à un moment où le Net n'existait pas encore en France et que j'avais découvert à travers la Mission gouvernementale des autoroutes de l'information à laquelle je participais.
J'avais commencé à m'intéresser au domaine de la communication avec mon ami Yves Stourdzé.
En fait, ce travail de "sociologie prospective" s'appuyait sur des hypothèses élaborées au cours des années 70, après le bouleversement socio-culturel de mai 68. Nous avions suivi les séminaires d'"analyse institutionnelle" respectivement de René Loureau à Nanterre, pour lui (origine du mouvement du 22 mars) et celui de Georges Lapassade à la Sorbonne, pour moi.
Avec le recul des années, il m'apparaît que notre génération, formée par une tradition de conception historique marxiste a été marquée par l'abandon de l'idée que la lutte des classes était le "moteur de l'histoire". L'analyse institutionnelle proposait une autre conception de l'histoire où c'est le devenir de l' "institution" et son éventuel effondrement (sa mise en analyse) qui détermine la vie quotidienne dans nos sociétés.
L'abandon du primat de l'économique dans la compréhension des mouvements sociaux conduisait à chercher une autre "détermination en dernière instance" (selon le concept d'Althusser) que le "mode de production".
La réflexion sur les "failles potentielles" des institutions, plus particulièrement dans les régimes dictatoriaux (communistes ou autres) conduisait à privilégier ce qui se passait dans la sphère de la communication qui apparaissait comme une nouvelle "infrastructure" possible des société modernes (post-industrielles).
La décision du gouvernement des USA, en 1974, de déréglementer le monopole de ATT et de favoriser une "nouvelle frontière" des industries informatiques par le parasitage des réseaux de télécom dans une perspective de domination mondiale (ce qui se réalisera 20 ans plus tard avec l'Internet) fut le "déclencheur" de cette analyse.
On commence à mesurer aujourd'hui, avec l'effondrement des systèmes communistes ou l'actuelle révolution arabe par exemple, le rôle structurant des systèmes de communication et leur impact sur les dynamiques sociales.
En même temps que ces répercutions politiques, de façon peut-être plus profonde, nous assistons à l'émergence de ces "nouveaux usages" qui, en induisant de nouveaux comportements dans les rapports micro-sociaux ou inter-individuels, préfigurent les changements sociaux ou culturels des décennies à venir.
En suivant l'évolution de la blogosphère, des représentations et des attitudes qui touchent aussi bien les références imaginaires de la liberté par exemple que les nouveaux modes de fonctionnement institutionnel et de pouvoir, on voit se dessiner les mutations liées à ce bouleversement dans nos "coutumes" et dans nos usages.
Il faut, pour les mesurer, trouver la "bonne distance" historique, ce à quoi nous invitent les réflexions d'un homme comme Montaigne qui semble avoir pressenti dans ses Essais, la mutation que nous sommes en train de vivre.

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