1560. Bernard Frank est un chat de Frédéric Vitoux et Gérard Rondeau, coup de coeur de Jérôme Garcin dans le NOUVEL OBSERVATEUR.
Par general, vendredi 6 mai 2011 :: #1560 :: rss
Photographie de Gérard Rondeau
Ancien Frank.
Voici, dressé par un ami des chats, le merveilleux portrait d'un gros matou dont on n'a oublié ni les coups de griffe ni les ronronnements de plaisir.
Bernard Frank se souciait moins, rappelle Frédéric Vitoux, de gagner sa vie que de la dépenser.
Il jugeait naturel d'être pris en charge, de vivre chez ses grandes protectrices - de Barbara Skelton à Françoise Sagan -, et se laissait conduire en voiture comme en littérature.
Car sans ses commanditaires, qui le bousculaient, eût-il seulement rempli tant de cahier Clairefontaine avec ses textes coruscants* et désabusés dont on faisait notre miel ?
L'auteur de Soldes finit ses jours dans une "tanière" du Faubourg-Saint-Honoré, où ils étaient peu nombreux à lui rendre visite.
Fidèles, Frédéric Vitoux et le photographe Gérard Rondeau étaient de ceux-là .
Leur beau livre ressemble à une longue chronique de Frank, toute en digressions, parenthèses, points de suspension, bougonnements et nonchalants regrets.
On y boit du château-palmer et du chassagne-montrachet. On y croise Jean Freustié, Florence Malraux et Claude Perdriel.On y sent vibrer l'amour fou des livres. Et on se promène de Grimaud à Equemauville, en passant par Reims et Paris, où, le 3 novembre 2006, dans un restaurant corse, le coeur de Bernard lâcha.
Grâce à cet album de famille spirituelle, il palpite toujours.
Jérôme Garcin, le 5 mai 2011.
- Qualifie un style qui se singularise par ses particularités lexicales, sa prédilection pour les vocables rares, archaïques, régionaux, dialectaux ou néologiques, et par ses manipulations du matériel grammatical et par ses distorsions syntaxiques. (ndrl)

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