1540. Le Billet de Patrice Duhamel.
Par general, mardi 12 avril 2011 :: #1540 :: rss
LA FRANCE D'HIER ET D'AUJOURD'HUI.
Deux évènements, deux comédiens hors normes, deux réussites.
Jean-François Balmer, le 12 avril sur France 3, incarne magistralement, dans Mort d'un Président, un Georges Pompidou à l'agonie.
François Cluzet, dans le premier film de Saphia Azzeddine, Mon père est femme de ménage, campe brillamment un père de famille déclassé.
Ces deux réalisations ont peu en commun. Le téléfilm de Pierre Atkine décrit un système politique vérouillé dans un pays en pleine expansion. Quarante ans plus tard, la France de Saphia Azzeddine et François Cluzet vit douloureusement une crise sociale majeure. Deux rôles aux antipodes, mais une même performance.
2 avril 1974, la France, stupéfaite, apprend en pleine soirée la mort de Pompidou. On le savait malade, victime d'une mauvaise grippe. L'ORTF était la "voix de la France", la santé de son président, un secret d'État.
Pour avoir vécu cette période, je peux en témoigner. À travers cette fiction, beaucoup découvriront avec étonnement un pays cadenassé, un entourage multipliant coups bas et manoeuvres, des prétendants à l'affût, des medias tétanisés.
Après les États-Unis et la Grande Bretagne, la France investit avec bonheur l'Histoire immédiate. Dans un mois, La conquête, le film très attendu de Xavier Durringer qui décrit l'ascension de Nicolas sarkozy, fera sensation.
Avec ce téléfilm fidèle et réaliste, la politique entre de plein-pied dans la fiction. Dans le rôle d'un Président à bout de force, Jean-François Balmer est remarquable de vérité, de cynisme et de faiblesse. Ne ratez pas Mort d'un Président.
On connaissait déjà le talent de François Cluzet. Cet artiste discret, mélancolique, presqu'inclassable, est réellement éblouissant dans Mon père est femme de ménage. En adaptant avec succès son deuxième roman, Saphia Azzeddine lui a taillé un rôle sur mesure.
Il incarne le père d'un fils de 14 ans, un ado attachant, complexé, soucieux de sortir de son milieu.
Tout est là , dans cette famille cabossée, dans cette banlieue grise et triste, dans ces relations tendres et exclusives entre un père, modeste employé dans une entreprise de nettoyage, et un fils qui l'accompagne, le soir, dans ces travaux qu'il méprise.
Tout est là , dans ce face-à -face tonique, chaleureux et lumineux, loin des clichés sur ces quartiers défavorisés.
Ni naïveté, ni misérabilisme. Saphia Azzeddine, François Cluzet et le jeune Jérémie Duvall, remarquable de justesse et de sobriété, ont réussi un film charmant et attachant.
Un scénario enlevé, une écriture au laser, un humour grinçant, souvent irrésistible. Et un Cluzet étonnant de simplicité, d'humanité et de retenue.
On passe une heure et demie avec "des gens bien".
Ce n'est pas si fréquent.
Patrice Duhamel, le 8 avril 2011 (le film français)

Commentaires
1. Le mardi 12 avril 2011 par Agnès
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