1535. Saphia Azzeddine dans L'EST REPUBLICAIN.
Par general, mardi 5 avril 2011 :: #1535 :: rss
Par Patrick TARDIT.
À Gérardmer, La romancière et cinéaste présentait son premier film, « Mon père est femme de ménage », aux Rencontres du Cinéma
Saphia Azzeddine et son « Père »
Gérardmer. « L’ascenseur social n’est pas bloqué, mais il monte tranquillement », constate Saphia Azzeddine, venue aux Rencontres du Cinéma de Gérardmer présenter en avant-première « Mon père est femme de ménage » (sortie 13 avril).
Le premier film qu’elle réalise, d’après son propre roman. « Le titre m’est venu avant l’histoire », dit-elle. « J’ai pensé à un père qui, malgré un travail dévalorisé, montre autre chose à son fils, c’est un peu un père à l’ancienne »
Dans le film, ce père est joué par François Cluzet, et le fiston par Jérémie Duvall, qui était celui de Gérard Lanvin dans « Le fils à Jo ». Ado de 16 ans, Polo accompagne parfois son paternel à ce boulot « pourri », qui lui vaut les moqueries de ses copains.
« La vraie insulte, c’est que le père fait un boulot de femme », précise Saphia Azzeddine. Peu importe qu’on ait un père femme de ménage, à un moment donné, on a honte de nos parents, ce qui compte c’est de savoir qu’on se prend le boomerang dans la figure et qu’on n’a pas forcément mieux fait que nos parents ; peu importe leur métier, il y a ce besoin d’être méchant avec nos parents à un moment. Visage fin, beaucoup de charme, de grands yeux, cette longue fille brune a mis beaucoup d’elle dans Polo, notamment le côté bon élève : « On n’avait pas le choix, on n’avait pas le droit de rentrer avec des mauvaises notes, mes parents estimaient que quand on avait tout pour réussir, il fallait réussir. Mon père était infirmier et il a appris le métier de ma mère, qui est couturière. » Ses parents avaient un atelier de couture à Agadir, où elle est née, puis à Genève. Sa famille, Saphia a trois frères et soeurs, n’a pas encore vu son film. « Mais de toutes façon, mon père pense que c’est le plus beau film du monde, il ne comprend pas je n’ai pas encore eu l’Oscar. J’aime l’idée qu’il ne soit pas objectif avec moi ».
Habituée à la solitude de l’écriture.
Ce film d’une romancière a été produit par une autre romancière, Nathalie Rheims, ancienne compagne de Claude Berri, qui se consacre désormais à la production, avait eu « le coup de foudre » pour ce livre, et a entouré Saphia Azzeddine d’une équipe technique efficace. « Je n’ai pas essayé de faire croire que je savais quand je ne savais pas, je ne voulais pas oublier que c’est mon premier film, il fallait que j’écoute les gens qui ont plus d’expérience que moi, mais je n’ai jamais lâché l’affaire, quand j’étais sûre d’une scène », confie Saphia, même s’il lui a fallu plusieurs jours, avant d’oser dire « Moteur ! ».
Habituée à la solitude de l’écriture, elle a pris goût à la « tribu » du cinéma : « Ce que j’aime, c’est raconter des histoires, peu importe le support, on verra comment les choses évoluent ».
Son premier livre, « Confidences à Allah », est devenu une pièce de théâtre, le second, « Mon père est femme de ménage », est désormais un film, elle va tourner l’adaptation du troisième, « La Mecque-Pukhet », et en écrit un quatrième. Quand on lui demande ce qu’elle fait dans la vie, elle ne répond pas écrivain ou réalisatrice mais simplement : « J’écris ». « Ce n’est pas de la fausse modestie, ça viendra », sourit Saphia.
Patrick TARDIT

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