1529. Poisson d'avril ! par Raphaëlle Rérolle.
Par general, vendredi 1 avril 2011 :: #1529 :: rss
Dans son éditorial du MONDE des LIVRES daté du 1er avril 2011, la responsble de ce supplément hebdomadaire du journal de référence : Raphaelle Rérolle, adresse une supplique aux auteurs qui, blacklistés ou censurés par elle dans les colonnes de son suplément littréraire, osent braver ses choix sélectifs et ses décisions souveraines de bloquer les articles écrits au sein de sa propre rédaction, en tentant de promouvoir leurs livres, (quel culot!), par d'autres voies. Voici son article : une merveille :
PAR PITIÉ, NE VENDEZ PAS VOS PROPRES LIVRES !
par Raphëlle Rérolle.
ON PEUT VOIR, depuis quelque temps,de drôles d'affiches placardées sur les mur, du côté de Saint-Germain-des-Prés. En lettre blanches sur fond noir, des noms en colonnes, de Bernard-Henri Lévy à Pierre Bénichou en passant par Frédéric Beigbeder ou Elton John. Puis une phrase : "sont les héros du nouveau roman de Marc-Édouard Nabe, L'HOMME QUI ARRÊTA D'ÉCRIRE."
L'histoire ne dit pas si l'auteur, lui-même, a cessé d'écrire, mais une chose est sûre, il n'a pas renoncé à se vendre. Normal, puisqu'il pratique l'auto-édition - rebaptisée dans son cas, "anti-édition" - Marc-Édouard Nabe est devenu le patron d'un petit business de vente par correspondance. Un entrepreneur, donc, avec des obligations, et notamment, marketing oblige, le sousi de faire savoir ce qu'il a en magasin.
Moins médiatiques, moins provocateurs, d'autres que lui se sont lancés dans l'auto-promotion, grâce aux libertés données par l'Internet. L'évolution est vertigineuse : à bas bruit, c'est une véritable métamorphose du statut symbolique de l'auteur qui se joue.
De fait, il y a seulement dix ans, personne n'aurait imaginé qu'un écrivain prenne la parole à la première personne pour faire l'article sur son propre site. Et encore moins trouver dans sa boîte aux lettre (mail ou même papier, cela s'est déjà vu) des prospectus publicitaires rédigés par les auteurs.
Pour émerger de l'anonymat, ceux-ci se contentaient d'envoyer aux critiques (ils le font toujours) des livres dédicacés, dans l'espoir qu'un mot, qu'une blague, une supplique manuscrite fasse émerger leur texte de la masse. Mais quant à s'adresser directement aux lesteurs, non.
En 1968, Roland Barthe proclamait la "mort" de l'auteur, dans Le Plaisir du texte. Le voilà donc de retour, et pas de la meilleure manière. Quel mal à celà ? Aucun, si l'on considère qu'une oeuvre de l'esprit peut bénéficier des mêmes techniques commerciales qu'une boîte de petit pois ou une paire de lunettes.
Seulement un livre, c'est autre chose. Depuis longtemps déjà , l'auteur est obligé de payer de sa personne en se soumettant à des tournées de promotion, des séances de photo,des interviews, des débats, des passages plus ou moins pénibles sur les plateaux de télévision;
certains, d'ailleurs, ont décidé de s'y refuser, déclarant, comme Milan Kundera ou J.M. Coetzee, que l'oeuvre seule à voix au chapitre. Avant eux, Paul Valéry affirmait dans ses Cahiers, en parlant du "sens" d'une oeuvre, que "l'auteur ne peut le révéler plus légitimement et sûrement que quiconque."
Mais le fait de devenir le VRP de son propre travail, le fait de mettre un pied dans la porte avant qu'on ne vous sollicite et de vouloir créer un buzz censé se convertir en lecteurs, tout cela est d'un autre tabac. La démarche relève, cette fois,d'une fâcheuse confusion des rôles.
Et pas seulement d'ordre pratique, mais esthétique, : le geste d'écriture appartient à l'auteur et à lui seul, mais sa divulgation, non - par pitié.
Sauf à considérer que les parents sont les mieux placés pour parler de leurs enfants. Ou que les livres ne valent pas plus, en définitive, que des petits pois et des lunettes.
Paphaëlle Rérolle, (qui dirige Le Monde des Livres !), le 1er Avril 2011."
ndlr : Poisson d'avril ! Ce n'était pas un poisson d'avril ! Et maintenant, voiturez-nous ici les comodités de la conversation, afin que Marc -Édouard Nabe, après avoir été le favori du Prix Renaudot de 2010, rende hommage à la publicité inespérée et magnanime dans ce journal où il n'est pas convenable, pour un journaliste, d'essayer de faire passer un article sur son dernier livre. Non. Par pitié !

Commentaires
1. Le vendredi 1 avril 2011 par Magdalene
2. Le vendredi 1 avril 2011 par Phil
3. Le samedi 2 avril 2011 par Deville
4. Le samedi 2 avril 2011 par leo
5. Le samedi 2 avril 2011 par Deville
6. Le samedi 2 avril 2011 par Phil
7. Le samedi 2 avril 2011 par Manuel
8. Le samedi 2 avril 2011 par auddie
9. Le dimanche 17 avril 2011 par Vinciane
10. Le dimanche 17 avril 2011 par leo
11. Le dimanche 17 avril 2011 par Deville
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