Voilà ce qu’on dit, justement, quand tout ne l’est pas. Rien de grave. Gros et symbolique orage nocturne, pour commencer. Puis d’autres ombres sur le bonheur provençal sans nuages dans lequel il est censé baigner. En fait, juste « une impression, pas d’être enfermé, non, mais de tourner en rond ». À ce classique blues vacancier de cadre surmené, François trouve une parade inattendue. Il se lie d’amitié avec Pierre-Olivier, le gardien. Il faut dire que l’homme est intéressant. Ancien technicien informatique, maître nageur, expert en voile : l’homme à tout faire idéal. François retrouve en lui une assurance qu’il n’a pas, et des incidents de parcours qui sont un peu l’écho des siens. Tous les deux ex-salariés de grands groupe de haute technologie, ont « choisi » le « guichet de départ », François ayant seulement un peu mieux rebondi du fait de son capital de départ supérieur. Ils s’entendent bien, François et Pierre-Olivier, et ces vacances s’annoncent un peu moins mortelles que prévu.

Tout va se gâter (on s’y attendait). Pas de coup de force psychologique sur la dialectique, comme dans The Servant de Losey. Mais cette simple demande : une augmentation. Embauché comme gardien, on lui fait jouer le rôle du domestique, debout de 7 heures à 1 heure du matin. Aussi sec, les réflexes de cadre dirigeant de François vont jouer, comme autant de ressorts bien huilés. Jouer les incrédules, répondre à côté, ne rien céder. Mais François, Elisabeth et les autres propriétaires n’ont encore rien vu. Une grève illimitée des gardiens de villas, conduite par un ancien métallo et délégué CGT va troubler l’eau calme des piscines.

Emmanuelle Heidsieck, à qui nous devions un excellent Il risque de pleuvoir, mettant subtilement en scène les réarrangements de pouvoir autour de la privatisation annoncée de la Sécurité sociale, plonge dans l’intime de le lutte des classes. François, que la conflictualité a requinqué, prépare, tout guilleret, sa négociation, tandis que Pierre-Olivier se demande quels rapports auront demain propriétaires et gardiens. « Est-ce que ce sera sympa ? » Une chose est sûre : partager les mêmes objets, voiliers ou lecteurs DVD ne suffira pas : « plus question de nous mettre dans le grand fourre-tout middle class pour nous calmer ». Plus question de consentir. Derrière la douceur moite de l’été engourdi, la violence sociale se fraye un chemin, nous dit Emmanelle Heidsieck, et structure plus clairement les personnalités que l’illusoire convergence.

par Alian Nicolas, le 25 mars 2011.

VACANCES D’ETE

Editions Léo Scheer/Laureli