Arnaud Laporte a consacré aujourd'hui son coup de cÅ“ur littéraire de la nouvelle rubrique des matins de France Culture, « Tout feu, tout flamme », à Sibylle Grimbert et à son Vent tourne. Vous pouvez écouter son billet sur le site de l'émission (dans les dix dernières minutes), mais en voici une retranscription :

« Ce n'est pas parce qu'un auteur est discret qu'il n'est pas important. Il est des Å“uvres qui s'écrivent loin des feux médiatiques, avec patience, avec ténacité, avec humilité aussi. Le vent tourne permet à Sibylle Grimbert de continuer à creuser, l'air de rien, un sillon tout à fait singulier dans le paysage français.
Elle n'a pas attendu une vogue assez récente pour s'intéresser au monde de l'entreprise, ce qu'elle fait ici une nouvelle fois. Elle a délaissé la PME de son roman précédent, Toute une affaire, pour s'intéresser aux dirigeants d'entreprises beaucoup plus importantes. Mais elle ne cède pas à la tentation de prendre en charge une explication de la mondialisation via ses PDG loin des réalités. Non, ce que dépeint Sibylle Grimbert, le temps d'une soirée qui tourne mal, une soirée où le vent tourne, ce sont les ressorts éternels de la psychologie humaine. Elle change régulièrement de narrateur au fil des chapitres, ce qui permet de changer de point de vue, de nous offrir une plongée dans les consciences, les jeux et les enjeux de pouvoir, les non-dits, les faux-semblants de la comédie sociale. Comédie : le mot est à entendre dans sa polysémie, comme un jeu de rôles bien sûr, mais aussi dans une acception ludique, humoristique.
Quand on lit un livre, pour peu qu'on en ait lu quelques-uns avant, on a vite fait de chercher à quel auteur il nous fait penser. En lisant Le vent tourne, je n'ai trouvé qu'un auteur à comparer à Sibylle Grimbert (ça tombe bien, c'est un de mes auteurs préférés) : Emmanuel Bove. Le cercle de ses lecteurs, peut-être aussi discret, mais passionné (je crois que vous en êtes, Marc Voinchet), appréciera la comparaison.
Dernier point, pour lancer une annonce à des metteurs en scène en mal d'inspiration : je crois que Le vent tourne de Sibylle Grimbert, avec sa galerie de personnages, ce huis clos, pourrait faire une formidable pièce de théâtre, ou un film.
Mais c'est d'abord un très bon livre. »