Le titre est donc un lieu de médiation entre le lecteur et le texte et prépare celui-ci à aller à la rencontre du texte, à le recevoir comme on souhaite qu’il soit reçu. Le titre d’un premier livre, c’est à mes yeux, comme l’incipit d’une œuvre à venir.

Ainsi, ce titre, Cent mots dire. Et plus encore, a immédiatement retenu mon attention. Autrement dit, non seulement, il m’interpelle, mais il me conduit au questionnement, à l’analyse. C’est la raison pour laquelle je te demande, cher Alain, puisque ce titre s’est imposé à moi, avec une telle force, comment ce titre s’est-il imposé à toi? D’où vient-il?

A.B.
De même que ce qui s’impose, pour reprendre ton expression, « ce titre s’est imposé à moi », que ce qui s’impose moins par la forme que par le fond du livre, sa raison d’exister, sa raison d’être, qui vit, par conséquent, pas immédiatement évident mais pas caché non plus, qui vit et qui désormais restera à jamais dans le livre et qu’il suffira d’ouvrir pour retrouver ce dont il s’agit, en filigrane, oui, voilà le mot juste, en filigrane : c’est qu’il aura toujours été question de rendre hommage à des Personnes.

Je pense, par exemple, à mon Éditeur, Monsieur Léo Scheer (L.S. dans le livre, qui existe dans beaucoup de mes commentaires) en effet, sans Lui, rien n’eût été possible ; je pense à Bertrand Jacquin de Margerie (paix à son âme) un jésuite français, spécialisé en christologie et en mariologie, un théologien et ami, grand familier de la Lumière de saint Thomas d’Aquin (et qui me l’a communiquée); je pense à ma Mère, à ma chère Épouse, à mes enfants ; je pense à l’ami Poète, Maurice Lethurgez, à Toi, donc, cher ami ; je pense à des Écrivains, à des Auteurs, à des philosophes, dont un en particulier, Monsieur Jean-Clet Martin (jcm dans le livre) ; je pense à des Causeurs-Commentateurs, avec qui j’ai eu mille « Et plus encore » magnifiques, fantastiques et merveilleux échanges d’écritures ; je pense aux Ouvrières, aux Ouvriers ; je pense aux Managers, aux bourgeois, aux gens qui jouent du piano, qui jouent au Loto, qui jouent aussi avec la Vie, qui la brûle, leur vie ; je pense au monde des femmes, des hommes, au monde des enfants ; je pense à saint Dominique, oui, et pourquoi non, aux Frères mineurs, aux savants, aux prédicateurs ; je pense à Dieu, oui, très souvent, est-ce un défaut, une tare, un phénomène d’ancien temps ; je pense à saint Albert de Messine, à saint Thomas d’Aquin, aussi bien à beaucoup d’autres saints, aux saintes, à tous les saints, pourquoi les oublierais-je ; et, s’il en reste, oui, bien sûr que oui, je pense à moi, je parle aussi de moi, charité bien ordonnée (…) oh, mais je parle… seulement un peu… de moi... de ma vie, et vite, vois-tu, cher Maurice, et vite, je te rassure, oui, des petits bouts, quoi, de moi, des fragments de moi

, de même, pour en revenir à ta question « ce titre, d’où vient-il », pour ce qu’il en est du choix arrêté et du premier moment du titre Cent mots dire, c’est qu’en vérité, il était impossible d’oublier, d’effacer de ma mémoire « ce grand soir » d’une Vraie Rencontre...

C’est en effet Claude Nougaro... « Quelqu’un » dans le sens où Sartre disait à son Castor, « Vous êtes Quelqu’un, cher Castor » ; j’honore la Rencontre, si je puis dire, et j’en fais le premier signe ; j’en fais le premier membre d’un titre, celui de premier enfant en écriture ; j’en fais un titre, un pré-nom, en quelque sorte, et qui fera livre, livre avec le deuxième signe, qui suit, le deuxième membre « Et plus encore », tout cela qui fait le nom, le Titre du livre, et qui vient du rêve, Et plus encore, qui vient du rêve, aussi bien comme un Don, celui du Verbe, qui déroule, qui ira jusqu’au bout son déroulement…

Ce titre du premier livre publié est à tes yeux, dis-tu, cher Maurice, comme l’incipit d’une Å“uvre à venir, oui, cela me semble juste. Mais j’ajoute qu’à mes yeux aussi bien, tout cela, n’est-ce pas, c’est juste de l’écriture, tout n’est que de l’écriture, y compris le titre d’un livre, et alors la question est (quant à moi) : Est-ce que ça fonctionne. Est-ce que ça se comprend Cent mots dire. Et plus encore.

Cela n’aura pas été, sans y avoir, comment dirais-je, médité un certain temps, pour adopter, si je puis dire, ce deuxième membre de titre « Et plus encore ». En y réfléchissant (longtemps, il faut bien le dire) je m’étais aperçu que « Et plus encore », j’y tenais, oui, et qui plus est, j’y tenais absolument. Et pourquoi j’y tenais? Parce qu’en vérité c’était dans un de mes rêves (...) que je l’avais rencontré (ou entendu) la première fois. Je ne sais plus bien si c’était moi-même, dans le rêve, qui me l’avait soufflé... à moi-même, ou si c’était quelqu’une, ou quelqu’un, qui participait du rêve, qui me l’avait soufflé ; toujours est-il que ce deuxième petit bout de phrase, lui aussi, s’imposait, mais avant de l’adopter, il fallait le déchiffrer. Quoi, ce « Et plus encore ». Quoi, ce soufflement de paroles, ce venu de mon rêve. Au fond, (nous pourrons y revenir si tu veux) j’estime que les rêves sont plus savants pour nous mettre à jour, que ne l’est la réalité, le réel pour nous raconter ne serait-ce qu’un fragment de nous même. Je veux dire que cela me semble plus facile… en dormant…, je veux dire, quand je suis endormi, pour me résoudre, que lorsque je suis dans la vie, mais éveillé.

Aussi bien, en dormant, suis-je dans la vie, mais autrement. C’est tout à fait personnel, ce que je dis là. « Et plus encore » n’indique pas, comme on peut l’imaginer dans un premier temps, ce qu’il y a d’infini dans les paroles écrites, dans les mots, dont le livre se fabrique, se construit. « Et plus encore » appelle, comment dirais-je, à une ouverture, (ouvrir le livre) à un geste, (tourner les pages du livre) « Et plus encore » invite, (la curiosité n’est pas un vilain défaut), il faut être volontaire, invite à aller lire les choses écrites, les événements inscrits dans le livre, alors tournons les pages, tournons le manège du livre qui est du temps à jamais figé, cristallisé, en effet, dire du temps cristallisé est plus doux que dire du temps figé. « Et plus encore » invite à pénétrer, à entrer davantage… dans un processus… dans ce qui n’est déjà plus un protocole, il faut bien le dire, mais précisément à voyager dans une succession, dans une suite... Eh, bien, allons voir ! quoi, ce « Et plus encore » qui est là, écrit après le « Cent mots dire », quoi donc, quoi de plus encore.

« Et plus encore » est une clé qui ouvre pour aller plus loin que « Cent mots dire ». « Cent mots dire », c’est bien, c’est le premier membre de l’écrit, mais ça ne suffit pas, ça ne suffit pas, si l’on veut, ça ne suffit pas pour continuer, pour poursuivre donc, après (peut-être) l’hésitation, le court arrêt, sinon l’interruption, la bifurcation, c’est certain, après le sous-entendu marqué du « Cent mots dire ».

« Et plus encore », c’est le cela qu’il y a après, le cela qui existe, et qu’inévitablement le lecteur rencontrera, dès qu’il aura passé… son trouble; son hésitation; dès qu’il aura saisi le bifurqué de l’entendu « sans prononcer une malédiction à l’égard de quelqu’un », autrement dit le « sans maudire », ou la petite frayeur du sang maudit. « Et plus encore » c’est une proposition d’aller, de son plein gré, vers quelque chose, vers une Espérance, c’est un kairos, qui passe à côté de soi, et qu’il convient de saisir par les cheveux (imaginons que ce qu’on ne comprend pas du premier coup, ça porte des cheveux, ou des longs fils noirs, blonds, roux, que sais-je) un kairos, donc, qui pourra être de l’ordre de l’Amour, qui sait, ou de quelque chose de l’ordre de l’Aimer, comme Aimer la lecture, Aimer le texte, Aimer les textes, et se découvrir (le lecteur) se découvrir à travers ces textes, à travers une lecture attentive et cherchant à comprendre, se découvrir une capacité à aimer quelque chose de l’’Autre, qui est ici représenté, l’Autre, c’est à dire l’Auteur, comme une sorte de visage, l’Autre, reconnaissable en ses mots écrits. Plus de cents mots dire, ses mots d’Auteur. C’est ainsi que le Lecteur, en sa rencontre avec l’Auteur, quand il terminera, quand il refermera le livre (mais pour y revenir j’espère souvent) aimera Cent mots dire. Et plus encore.