1498. "Un jubilatoire jeu de massacre" : Sibylle Grimbert dans Le Point
Par general, mardi 15 février 2011 :: #1498 :: rss
Nouvel article sur Le vent tourne, dans le dernier numéro du Point :
Le vent tourne : quand la party vire au massacre
par Thomas Mahler
Dans un huis clos alcoolisé, l'écrivain Sibylle Grimbert met à mal le bel agencement social parisien.
C'est une fête chic et parisienne comme les appartements haussmanniens ont dû en héberger des milliers. Triés sur le volet, les invités se partagent petits-fours, champagne et potins, tandis que les danseurs ressemblent à "des algues convulsionnant mollement sur le parquet". Autrement dit, "la vie mondaine ordinaire" suit son cours. Mais on peut compter sur Sibylle Grimbert, romancière à l'ironie redoutable, pour mettre à mal ce bel agencement social et faire valdinguer les névroses, les vanités et les lâchetés de ces convives.
Le vent tourne prend ainsi l'allure d'un jubilatoire jeu de massacre grâce à deux trouble-fête qui, tel Peter Sellers filmé par Blake Edwards, vont provoquer dans cette party des catastrophes en série : le jeune Benjamin, inadapté social vivant dans l'ombre envahissante de son père, et l'expérimenté Edmond, éditeur en vue qui voit surtout son épouse flirter ouvertement avec d'autres mâles. Éclairant à tour de rôle les différents acteurs d'un huis clos alcoolisé, Sibylle Grimbert nous les montre s'insulter, fraterniser, draguer, tomber la chemise, participer à une chenille endiablée ou se pencher dangereusement au balcon. Ils rentreront chez eux persuadés que ce vent de folie apportera un second souffle à leur existence. Mais, comme le rappelle avec brio ce roman féroce, même les soirées les plus tourbillonnantes sont bien incapables de nous emporter loin du marasme de notre quotidien.

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