1494. Nora Hamdi, La Couleur dans les mains, par Myriam Levain pour Be.
Par general, vendredi 11 février 2011 :: #1494 :: rss
Interview BIG BANG de NORA HAMDI par Myriam Levain dans Be pour son nouveau roman : La Couleur dans les mains.
Peut-on percer quand on vient de la banlieue?
Du stylo à la caméra.
À l'origine, La Couleur dans les mains était le scénario d'un film qui n'a jamais trouvé de producteur. "On me répétait qu'une Arabe de banlieue, dans la peinture, ça n'était pas crédible, alors que c'est ma propre histoire.", ironise Nora Hamdi. Finalement, le récit séduit les Éditions Léo Scheer qui lui proposent d'en faire un livre.
La démarche ne lui est pas étrangère : en 2004, son premier roman Des poupées et des anges était également tiré d'un scénario non retenu.
Le succès de l'ouvrage lui ouvrira finalement les portes du cinéma, et Nora Hamdi réalisera elle même l'adaptation sur grand écran en 2008.
Au casting : Samy Naceri, Samuel Le Bihan et Léïla Bekhti, à l'époque inconnue du grand public.
Nora Hamdi ne préfère pas trop le dire, mais elle adorerait que l'histoire se répète. À bon entendeur...
Myriam Levain a rencontré l'écrivaine et réalisatrice qui se joue des clichés. Nora Hamdi : "On peut réussir hors de la culture cités." Dans son quatrième opus, la romancière narre le parcours de Yasmina, une jeune banlieusarde qui réussit à percer dans le milieu très fermé de la peinture. Une fiction inspirée de sa vie.
Elle a commencé par peindre. Avant de s'essayer au cinéma. Puis de se lancer dans l'écriture. À 40 ans, Nora Hamdi est une artiste protéiforme qui, à travers ses récits, donne un autre visage à la culture : plus métissé, moins élitiste,. Sa beauté méditerranéenne, elle la doit à ses origine algériennes. Volubile et souriante, elle ne se lasse pas d'évoquer pour Be son dernier roman, La Couleur dans les mains dans lequel elle montre, sans misérabilisme et avec une bonne dose d'humour, le fossé qui sépare la jeunesse populaire du microcosme parisien. Rencontre.
C'est utopique de se lancer dans la peinture quand on s'appelle Yasmina et qu'on a grandi en banlieue?
- Ce n'est pas là qu'on attend une jeune femme venant d'une cité. Ce roman est inspiré de ma vie : je me suis installée à 20 ans à Paris pour commencer des études de dessin, après avoir grandi avec douze frères et soeurs à Argenteuil (Val d'Oise). Même si j'étais déterminée à tenter ma chance dans ce domaine, tout le monde me disait que j'étais folle. Finalement, ça a marché.
Comme votre héroïne, vous avez dû changer de nom. Comment l'avez vous vécu?
- Dans mon livre, Yasmina Belhifa devient Janine Beli à la demande de son propriétaire. Moi, j'ai dû remplacer Nora Hamdi par Laura Andi sur ma boîte aux lettres de l'époque, pour mieux m'"intégrer" dans l'immeuble. Je l'ai toujours pris en rigolant, mais au fond, c'est triste de faire ça, c'est effacer une partie de soi. Je sais que c'est toujours une pratique courante. Malheureusement, on arrive dans un milieu dont on ne connait pas les codes et on espère que ça gommera les différences, mais ça ne trompe personne!
Qu'est-ce qui sépare Yasmina des autres élèves des Beaux-Arts?
- Le matin, elle se réveille en pensant : "Comment je vais payer mon loyer?", tandis que son ami Benoît, issu d'une famille très bourgeoise, se réveille en pensant : "Comment je vais réussir à créer?". Forcément, Yasmina perd du temps à gagner sa vie comme serveuse au lieu de se consacrer juste à l'art. Mais finalement, je crois que ça pousse à créer encore plus.
Comment se construire un réseau quand on ne vient pas du sérail?
- On trouve des chemins détournés. Pour percer en tant que peintre, j'ai reçu des "coups de pouce" de personnes inattendues, qui ont réellement voulu m'aider. Aujourd'hui encore, je sais que je devrais cultiver un réseau, mais je n'aime pas ça. À trop fréquenter des gens d'un même milieu, on s'influence beaucoup les uns les autres, et je tiens à garder mon identité.
Pourquoi est-ce si difficile pour un artiste de banlieue de sortir du créneau "street art"?
- Parce qu'on n'associe pas la culture classique à la banlieue, ni aux familles immigrées.Alors que le monde arabe, par exemple, est très riche de poésie, de musique, de peinture... C'est ça qu'on m'a transmis à la maison, que j'aime et qui m'inspire. Quand j'ai débuté, ça étonnait toujours que je peigne du figuratif plutôt que du graf : le blocage ne vient pas des quartiers mais de ce que la société projette sur eux.
Avez-vous l'impression d'appartenir à une génération qui servira d'exemple?
- C'est possible. À mes débuts, je n'avais aucun modèle auquel me référer. Aujourd'hui, des personnalités comme Rachid Djaïdani ou Leïla Bekhti montrent qu'on peut réussir hors de la culture "cités" tout en restant réellement fidèle à ce qu'on est. Il faut prendre des risques et aller là où on ne nous attend pas.

Commentaires
1. Le samedi 12 février 2011 par Manuel
2. Le samedi 12 février 2011 par leo
3. Le mardi 3 janvier 2012 par boba
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