1434. Serge Koster : Léautaud, mon beau miroir, par Jérôme Garcin
Par general, vendredi 3 décembre 2010 :: #1434 :: rss
Jérôme Garcin
Léautaud, mon beau miroir
(Le Nouvel Observateur, 2 décembre 2010)
Où un romancier sans illusions se choisit un « compatriote » qui l'aide à mieux vivre.
Léautaud tel qu’en moi même, par Serge Koster.
Heureusement, il y a Léautaud. C’est un misanthrope très accueillant, un bougon généreux auprès de qui Serge Koster trouve le réconfort dont il a tant besoin. L’auteur du volumineux Journal littéraire donne en effet un argument à son propre désenchantement et une raison sociale à son amertume.
Critique, essayiste et romancier, Serge Koster, âgé de 70 ans, a publié une trentaine d’ouvrages que le succès a ignorés et qui font de lui, aujourd’hui, un écrivain « mondialement inconnu ». Il en souffre. Il se sent seul. Ses amis Roger Vrigny, Luc Estang, Danile Oster sont morts. Il s’est brouillé avec Maurice Nadeau, dont il fut le collaborateur à La Quinzaine littéraire. Il cherche désormais un compagnon d’infortune qui le comprendrait, le consolerait. La plupart de ses contemporains le négligent ou l’indiffèrent. Même son cher Michel Tournier, auquel il a consacré un livre et qu’il visite souvent dans son presbytère de Choisel, lui a refusé sa voix au Goncourt lorsqu’il publia, en 2007, Ces choses qui blessent le cœur. Depuis, il a perdu le goût de la fiction. Il n’écrit plus de romans. Le temps est venu de parler de soi.
C’est à Fontenay-aux-Roses, dans la baraque du vieil atrabilaire que, tel un chat de gouttière ou un chien perdu sans collier, Serge Koster va alors trouver refuge. Il s’étonne, lui le Juif d’origine polonaise qui ne supporte pas les animaux, de se sentir si bien dans l’oeuvre d’un « zoolâtre compassionnel, judéophobe pacifique, misogyne sensuel, prosateur ennemi de l’art, dénigrant les stylistes qu’il révère, tels Racine et Proust ». Mais que va-t-il donc faire dans cette galère qui sent la crasse, la graisse, le pisse et qui prend l’eau ? C’est bien simple : il s’obstine à tenter d’établir des ressemblances avec son modèle, lequel s’était choisi lui-même Stendhal pour maître en égotisme.
Comme Léautaud, Koster est né pauvre et n’a jamais connu la fortune. « Lui, le Français de souche, s’est arrêté au certificat d’études et s’est astreint à gagner sa pitance dès l’âge de 15 ans ; moi, le fils d’apatrides devant ma nationalité au droit du sol, j’ai poursuivi le cursus scolaire jusqu’à l’obtention de l’agrégation de grammaire à 26 ans, dont j’ai tiré mon métier et mon enthousiasme pour la mécanique de la langue. Un point commun : nous avons été chichement rémunérés, lui comme clerc d’avoué, puis employé du Mercure, moi comme fonctionnaire... » Quoi d’autre les unit ? le laconisme des auteurs « qui ne se vendent pas » ; la liberté d’être soi ; l’indifférence aux modes ; la propension à la solitude ; la passion de la littérature et la détestation de ceux qui en font profession.
De cette « confabulation » qu’il mène avec l’auteur du Petit Ami, dont il admire l’intégrité et envie la sagesse, Serge Koster a tiré son livre le plus personnel, émouvant et caustique. Il était temps. Mieux vaut Léautaud que jamais.

Commentaires
1. Le lundi 6 décembre 2010 par Édouard
2. Le mardi 7 décembre 2010 par Diogène de la Toile
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