1271. Traité . 22. Serendipity.
Par general, jeudi 11 mars 2010 :: #1271 :: rss
En français : "Sérendipité" par Abeline Majorel
C’est au conte « Les trois princes de Serendip » écrit en 1754 par Walpole, que l’on doit le néologisme de sérendipité ( Serendip = Ceylan). Dans ce dernier, trois princes, suivant un raisonnement digne de Sherlock Holmes, font des découvertes au hasard de leur voyage, mettant ainsi en valeur l’importance du chemin suivi plus que de la destination.
Le mot « serendipity » a donc été crée pour définir cette augmentation de la part du hasard dans l'innovation et dans les découvertes. A cette notion anglo-saxonne sera ajouté, plus tard, comme pour le modérer, le principe de Pasteur, selon lequel le hasard ne favorise que les esprits préparés.
Cette notion est entièrement fondée sur un paradoxe : l’aléatoire est la garantie de bénéficier du maximum de ressources dans un environnement et d’explorer « une bibliothèque plus grande que le monde » ( Borgès ). Toutefois, cette exploration et son exploitation ne se font pas sans connaissances préalables. La sérendipité est une légitimation a posteriori des capacités de l’esprit, car si la connaissance reconnaît le hasard, ce ne peut être qu'à partir de sa programmation.
Le sérendipité relève d’un mode de raisonnement peu connu : l’abduction qui se définit comme le fait d'utiliser l'imagination pour formuler une hypothèse explicative.
C’est la seule opération logique qui introduit cette idée neuve puisque :
- l’induction détermine une valeur et
- la déduction déterline les seules conséquences inévitables de l’hypothèse pure.
La déduction prouve que quelque chose doit être. L’induction montre que quelque chose marche de facto.
L’abduction, pour sa part, suggère seulement que "cela serait possible". « (Charles Pierce)
Utilisant la métaphore comme un déclencheur, on peut poser quatre équations de sérendipité :
1) La métaphore inattendue qui inspire la solution.
2) La métaphore inattendue qui conduit vers un nouveau problème et donc vers une nouvelle solution.
3) L’absence de métaphore, qui FAIT écho à un autre probleme et propose donc une autre solution.
4) La métaphore de l’ignorance où de l’erreur dont le contexte et la description impliquent de nouvelles problématiques et donc aboutir à de nouvelles solutions.
On notera que ce mode de raisonnement n’est pas pour rien le préféré de notre Dr House, puisque c’est une des méthodes les plus usitées en médecine, comme en art. Le mécanisme de sérendipité serait incomplet sans "colligation" c'est-à -dire la capacité à rassembler des fragments et à tirer partie des intuitions et trouvailles pour leur donner une application concrète. À partir d'une trouvaille sérendipitique, on utilise alors oile storytelling pour la rendre accessible à tous.
La sérendipité serait une sorte de vertueux ricochet virtuel, à l’œuvre derrière l’infinité des possibles lors de la navigation sur le web, qui pourrait se traduire par la série : machine – cognition- comportement. Par exemple, l’hypertexte est son terrain privilégié d’expérimentation car il est l’unique moyen d’organiser et de classifier la connaissance "offrant une capacité de classification latérale ». ( Balasubramian ) . Dans la navigation, il existe trois manières de chercher une information :
- sur un objet bien défini,
- sur un objet incomplètement décrit mais reconnaissable quand on le rencontre,
- de manière fortuite.
Ainsi vous naviguez de lien en lien, dans une chaîne interconnectée d’information, séparé du but de votre recherche par au maximum 19 liens. Une étude sur le diamètre du web (Barabas 99) a déterminé que quelques soient les unités d’information choisies, elles se trouvent connectées par une chaîne au maximum de 19 liens.
La navigation sur le Web, même lorsqu'elle semble hasardeuse, peut se révéler faussement aléatoire. En effet, le moteur de recherche utilise plusieurs techniques combattant le hasard sous prétexte de pertinence : ciblage comportemental, recommandation, suggestion etc… Le web cultive l’ingénierie de la sérendipité mais les différentes transformations de celui-ci notamment avec l’introduction de l’aspect social, en ont fait muter la nature.
Dans une première période, les recherches utilisaient particulièrement la fonction BROWSING, ce qui dés-intermédiait l’information. Puis ce fut l’avènement du SEARCHING, et son corollaire le MATCHING . Ces deux fonctionnalités obéissaient à une logique de rebond. Or actuellement, le web se dirige vers la fonction SUBSCRIBING, c’est à dire l’agrégation de flux à un "panoptique" personnalisé, ce qui revient à une logique de surgissement.
Dans cette logique, Twitter semble l’outil paradigmatique de la sérendipité primitive. En effet, limité à 140 caractères, Twitter s’adjoint des services d'URL réduits rendant aveugle la navigation de rebond, et vous rendent participant à une bouche d’écho, puisque votre seul critère est l’émanation de ce lien par un de vos prescripteurs. Les blogs eux-mêmes ont une forte tendance sérendipitesque puisqu’ ayant une tendance au chaos.
Si sur un blog l’important reste le texte, on peut se demander comment l'auteur s'adapte à la situation du web, dans un univers aussi variable où l'utilisateur peut arriver sur n’importe quelle page ? Le sens échappe en partie à l'auteur et devient en partie la responsabilité du lecteur qui est confronté à un nouveau "contrat de lecture", avec des texte en "kit", des liens, des segments et de l'indexation. Il doit donc mobiliser sa sérendipité, sa "capacité analogique" pour en faire une utilisation cognitive et maîtriser sa lecture. Ce passage de l’imprévisible à l’inconnu, dans un espace libre dans le temps, nécessitera surement une forme alphabétisation numérique.
Si l'Internet semble propice aux découvertes fortuites et non hasardeuses, il est incapable de rivaliser avec la sérendipité du monde réel. (NY TImes : Serendipity : lost in the Digital Deluge)
Cf : olivier ertzscheid
« do web search engines suppress controversy « de Susan L Gerhart
Knd.google.com/k/la-serendipité.
Umberto eco « serendipities : language and lunacy » 1998
Manufactured Serendipity de Jon Uddell

Commentaires
1. Le jeudi 11 mars 2010 par Deville
2. Le jeudi 11 mars 2010 par Knight
3. Le jeudi 11 mars 2010 par Serpentin coloré
4. Le jeudi 11 mars 2010 par Véra
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