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709. Miroir.

Par Léo Scheer, jeudi 21 août 2008 :: #709 :: rss

Commentaires

1. Le vendredi 22 août 2008 par leo

@jcm @Charles Muller. A propos de votre discussion, il y avait cette conférence de Catherine Malabou le 24 octobre 2007 au moment de la présentation des Nouveaux blessés dans le cadre des rencontres de Fresh Theorie (Lundi c'est théorie). Elle aborde ici la question de l' "image de la pensée" à partir du livre de Lyotard Discours, Figure. (vers la 2e minute de la video)

PS. @Charles Muller. Je ne crois pas que la notion de plasticité proposée par Malabou pour le cerveau soit la même que celle utilisée par certains neurologues pour évoquer les mécanismes réparateurs.

2. Le vendredi 22 août 2008 par Charles Muller

(2, Léo) Merci pour cette vidéo, que je viens de regarder (surtout écouter en fait). Oui, pour le souvenir que j'en ai (lointain et sur le seul Que peut-on faire de son cerveau), C. Malabou part de la plasticité au sens neurofonctionnel, mais l'investissait d'autres sens philosophiques, de même qu'elle en étudiait les travestissements dans l'idéologie de l'époque (par exemple, flexibilité).

Sur la conférence elle-même, étant plus analytique que po-mo s'il fallait choisir un discours philosophique, j'ai toujours un certain scepticisme sur les choix de CM (Derrida-Deleuze-Lyotard). La question, évidemment indécidable, est la tâche que l'on assigne à la philosophie, ou plutôt respectivement à la philosophie, l'art et la science.

3. Le vendredi 22 août 2008 par Miroir et peinture

@Léo. Le nom du blog est involontaire.

4. Le vendredi 22 août 2008 par Bepa

@Léo. Je suppose que les membres de votre communauté y ont pensé aussi...

Post Sriptum : à présent que Christian m'a définitivement appris le lien dessiné, j'y vais allègrement ! Vous prmettez de me modérer si je deviens trop hors-sujet ? ;)

5. Le vendredi 22 août 2008 par jcm

@léo: La nappe et son inifinie plicature, la diversification des rides commes modes d'une unique substance (cf. le prélude). Et le globe dirait-on s'indure depuis l'intextricable réseau des plis, comme un prolongement surprenant, un passage à la limite vers la régularité des sphères. Du singulier donc au remarquable! Sur le plan morphologique et vestimentaire, la ressemblance est édifiante. Vous ne pouviez pas mieux faire!

6. Le vendredi 22 août 2008 par jcm

@Zoé: oui, il y a une rumeur sur l'identité de l'astronome au 18ème et 19ème. Mais cela n'arrange pas les historiens de l'art qui pensent à un autoportrait. Voici ce qu'on peut trouver sur google en cherchant "Vermeer Spinoza" :

"Dans les catalogues des 18e et 19e siècles, l'oeuvre porte les titres suivants: le Philosophe, le Géomètre, le Géographe, l'Astrologue, voire le Mathématicien . Ainsi, les spécialistes ne s'accordent pas sur l'identité du personnage: on a avancé le nom de Spinoza, ou celui du naturaliste van Leeuwenhoek, ou encore celui de Vermeer lui-même. Faut-il voir des traits individualisés ou la représentation d'un thème qui, à l'époque, était souvent illustré par les peintres? "

Mais le premier travail sur le rapport théorique de V et S est réalisé par Yvonne Toros, dans un chapitre d'une thèse non publiée des années 90, dirigée par Deleuze et qui insiste surtout sur Spinoza. Deleuze après coup reprend, retravaille sans doute son texte de présentation de la soutenance, à la fin de "Critique et Clinique", en citant évidemment Yvonne Toros. Mais il n'est pas question du "tableau". Ce qu'il faut, c'est une démonstration picturale. J'entends pas là une "composition" des rapports sous des motifs connexes (percepts et concepts). Je ne sais si les livres dont vous parliez le font. Si c'est de l'anecdote, cela ne vaut pas plus que la citation ci-dessus. Savez-vous de quoi il retourne dans ces ouvrages?

7. Le vendredi 22 août 2008 par Henri

Léo, le geste de l'astronome vers la mappemonde est une métaphore du toucher du sein, très en vogue du temps de Vermeer. En haut, il dort sur son livre, en bas il ne dort plus. Ne remerciez pas de cette interprétation, chez moi c'est naturel (hélas)!

8. Le vendredi 22 août 2008 par Alain Descarmes

@jcm Plusieurs jours que je vous lis un peu ici et ailleurs et de ne découvrir votre œuvre que maintenant, juste vous dire la surprise, le bonheur souvent renouvelé de vos phrases si justes, de votre ton si juste, des poèmes que sont très souvent vos phrases qui avancent. A.D.

9. Le vendredi 22 août 2008 par jcm

@Alain Descarmes: Merci!

Ce sont les phrases qui, comme vous dites, avancent et, ce faisant, nous portent! Le cerveau en est tributaire. C'est sans doute ce que veut penser @Charles Muller par ses références soutenues au langage... et Max Dorra par le titre "Quelle petite phrase bouleversante au coeur d'un être?"

10. Le vendredi 22 août 2008 par Alain Descarmes

ah que nous soyons portés de phrases, cher jcm, ça ça ça on ne verrait pas trop comment y échapper - mais à la fois l'on verrait très bien n'est-ce pas. bien à vous, A.D.

11. Le vendredi 22 août 2008 par Zoé

@Jcm. Pour la pièce de théâtre, je suppose qu'il s'agit d'un dialogue imaginaire entre les deux hommes; l'auteur, un peintre, aura sans doute été inspiré par la rumeur... En revanche pour Pontus Hulten, historien d'art et philosophe suédois, il fut notamment le directeur du musée d'art moderne des premières années de Beaubourg, et son Vermeer et Spinoza est une thèse qui mériterait peut-être que vous en preniez connaissance, il s'agit... d'une intuition ! Mais je ne saurais dire ce que vaut l'ouvrage, s'il aborde le sujet par le petit bout de la lorgnette ou non. Je connais l'auteur pour avoir lu un essai qu'il a consacré à Brancusi.

12. Le vendredi 22 août 2008 par jcm

@Zoé: Merci, je vais voir de plus près...

13. Le vendredi 22 août 2008 par Zoé

@jcm. J'espère que je ne vous aurais pas fait perdre de temps. Et que vous nous ferez part de votre impression sur cet ouvrage. En tout cas, l'idée d'une enquête sur l'identité véritable de ce personnage me fait l'effet d'une chasse au trésor à laquelle on brûle de participer @Léo. D'accord avec Jean-Clet, la ressemblance est époustouflante.

14. Le vendredi 22 août 2008 par Aubin Teo


Le renversement des sens

Oubli du verbe
Conquête du sourire

L'ombre est une lumière
Etouffée par l'ennui

L'âme, la foi, le mérite

Aubin Teo pour Dr Leo

15. Le samedi 23 août 2008 par Charles Muller

Pour revenir au problème posé par C. Malabou dans sa conférence sur "l'oeil au bord du discours" (Lyotard), c'est-à-dire le rapport du discours à la figure, la question qui me taraude est la place de la philosophie entre un discours sans figure (la science) et une figure sans discours (l'art musical et plastique). Les réponses de C. Malabou ("travail conceptuel visant à rendre malléable la forme dans le discours" ; "accéder à la visibilité théorique d'une époque") sont un peu aubstraites. Et surtout, je peine à voir en quoi, sur le plan du discours, cette tâche ne serait pas celle de la littérature et de la poésie plutôt que de la philosophie.

(J'entends par "discours sans figure" que la science décompose ce qui se perçoit en ce qui se calcule, elle dissout la figure. Là où l'on voit du rouge, par exemple, il n'y a qu'une interaction rayonnement / matière descriptible et explicable sans plus aucune trace de rouge. Et plus loin, si l'on suit par exemple le physicien Carlo Rovelli cité dans une autre discussion de ce blog, les équations descriptives de l'univers dans certains domaines les plus avancés (ici théorie des boucles) ne comportent plus aucun paramètre de temps ou d'espace. Cette dissipation des formes a priori de la sensibilité est évidemment troublante).

16. Le dimanche 24 août 2008 par leo

@jcm. Détail, comme dirait Daniel Arasse, dans le miroir, cette coïncidence littéraire :

"Mort à jamais? Qui peut le dire? Certes, les expériences spirites pas plus que les dogmes religieux n'apportent de preuve que l'âme subsiste. Ce qu'on peut dire, c'est que tout se passe dans notre vie comme si nous y entrions avec le faix d'obligations contractées dans une vie antérieure; il n'y a aucune raison dans nos conditions de vie sur cette terre pour que nous nous croyions obligés à faire le bien, à être délicats, même à être polis, ni pour l'artiste athée à ce qu'il se croie obligé de recommencer vingt fois un morceau dont l'admiration qu’il excitera importera peu à son corps mangé par les vers, comme le pan de mur jaune que peignit avec tant de science et de raffinement un artiste à jamais inconnu, à peine identifié sous le nom de Ver Meer. Toutes ces obligations, qui n'ont pas leur sanction dans la vie présente, semblent appartenir à un monde différent, fondé sur la bonté, le scrupule, le sacrifice, un monde entièrement différent de celui-ci, et dont nous sortons pour naître à cette terre, avant peut-être d'y retourner revivre sous l'empire de ces lois inconnues auxquelles nous avons obéi parce que nous en portions l'enseignement en nous, sans savoir qui les y avait tracées — ces lois dont tout travail profond de l'intelligence nous rapproche et qui sont invisibles seulement — et encore! — pour les sots. De sorte que l'idée que Bergotte n'était pas mort à jamais est sans invraisemblance."

17. Le dimanche 24 août 2008 par Alain Baudemont

Les mots qui " laissent passer " sont des mots d'amour, écrivait, René Berger dans Griffures, en 1949.

J'écrivais, tout à l'heure, que "souvent j'étais étonné" à la lecture du livre "Le Chemin des sortilèges". Qu'il me soit permis de donner un exemple : À la page 48 du livre, il ne fait aucun doute que Madame Nathalie Rheims," laisse passer" des mots qui sont d'amour"; et c'est par ce "laissé passé", (le contraire de "on ne passe pas", - ce long cauchemar des infortunés en errance - ) que l'on peut "voyager, courir, voler, rêver", et longtemps, dans le passé, donc, et même y trouver un véritable plaisir. On pénètre le passé; (deux tours de clés, une porte s'ouvre) on entre... On s'attarde longuement dans les derniers rayons mauves du soleil : "J'étais persuadée que cette chambre allait me livrer le secret. Je regardai danser les derniers rayons mauves du soleil qui traversaient les petits carreaux des fenêtres sur la longueur de cette pièce imposante : Je pensai à l'Astronome de Vermeer".

Le même René Berger écrivait, en avril 1996, dans l'Oeuf et la perle :

Hasardons l'hypothèse : Vermeer n'a pas peint des scènes de genre, comme on aime à le répéter, en ajoutant, certes, d'un "pinceau génial", Vermeer a peint d'un bout à l'autre de son oeuvre les avatars de la perle et de l'oeuf, alchimie des origines et des fins. Perle, non pas ornement, Perle au singulier, avec majuscule, comme est singulier tout objet qui, distance existentielle abolie, atteint au Symbole, pulpe et source, Nombre et Matrice. Et voici que fruits, pain, cruches, coiffes s'engagent dans la métamorphose en même temps qu'ils l'accomplissent. Jusqu'aux visages, jusqu'aux bustes, jusqu'au ventre de la femme qui attend un enfant, (la femme du peintre ?), perle de chair où sommeille l'oeuf de la naissance, jusqu'aux yeux qui délient leur regard comme une graine, jusqu'aux tableaux dans le tableau, follicules frémissant de reflets et de couleurs, comme frémissent tapis et rideaux au rythme des mains des liseuses de lettres ou de la dentellière, papier et laine unis dans la même coulée opalescente.

Ce que Vermeer synthétise pour l'exemple, une fois par la sphère close de l'Astronome une seconde fois par la sphère déployée du livre sous le compas du Géographe. Mais toujours et partout, plis et replis sans cesse repris, ici pour s'arrondir dans les têtes de clou qui ponctuent sièges et fauteuils, là pour ourler manches et cols de soleil et de miel. Jusqu'à la pointe du pinceau qui essaime ses particules d'étoiles au vif de la pâte.

Alchimie ? Panspermie ? En deçà et au-delà des formes engendrées, la lumière hyaline de la perle s'allie à l'orbe poreux de l'oeuf. Ab Ovo, annonçait Klee au bas de l'un de ses plus beaux tableaux. A quatre siècles d'intervalle, deux artistes retrouvent, sous le couvert de la représentation, les Formes originelles en gestation pour une nouvelle aube.

18. Le lundi 25 août 2008 par leo

@Alain Baudemont. Nathalie dans Le Chemin des sortilèges découvre dans un cauchemar récurent que la pièce ou il se déroule, qui est sa représentation de la chambre "interdite" du psychanalyste, est semblable à celle de L'Astronome de Vermeer. Cette pièce, avec les mêmes objets, se retrouve dans l'autre tableau qu'on appelle ''Le Géomètre''. Je crois que chez Nathalie, il y a souvent ce croisement entre la vie réelle, les rêves et leur interprétation, et l'enquête sur une oeuvre d'art. C'est particulièrement le cas dans Le Rêve de Balthus où, partant du tableau qui porte ce titre (Le Rêve II) elle remonte une sorte de généalogie énigmatique jusqu'au Rêve de Sainte Ursule de Carpaccio Il y a dans ce tableau de Vermeer une hyperréalité troublante aussi mystérieuse que la vie de cet artiste et le fait que Spinoza ait pu lui servir de modèle pour les deux tableaux est une hypothèse fascinante. Pour avancer, il faut sans doute établir le lien concret qui pouvait exister entre ces deux hommes. Question d'optique probablement. Nous avions beaucoup joué à ce genre de jeu pendant les quatre ans au cours desquelles nous produisions tous les trois (avec son père Maurice) une émission sur l'art pour la télévision qui s'appelait Haute Curiosité.

19. Le mercredi 27 août 2008 par Jean-Clet Martin

J'ai donc trouvé le lien :

Dans toute enquête (je prends ce mot au sens de Hume), il faut trouver un point commun: Est-ce l'éditeur de Spinoza qui possédait la moitié des Vermeer? Spinoza était Juif répudié, et Vermeer? Vermeer avait-il besoin d'un philosophe? Rien de tout cela!

Spinoza n'était pas connu comme philosophe Je sais que Spinoza était un polisseur de lentille extraordinaire. Huygens lui demande des lentilles pour son téléscope. Et Vermeer?

La "caméra obscura" a besoin d'une grosse lentille. Il faut venir l'installer, faire des mises au point discuter de ce qu'on veut obtenir comme résultats. Il n'y avait que Spinoza pour réaliser ce travail en Hollande ! Spinoza et Vermeer se sont rencontrés dans l'atelier du peintre en raison de ce point commun, de cette "notion commune" pour prendre un mot de "l'Ethique".

En outre, Vermeer est chimiste pour ses couleurs. Il compose, mélange. Une couleur est un corps fait de nombreux individus (comme dans L'Ethique). Deux hommes aussi doués ont forcément échangé. Et Vermeer aura eu le temps de l'amitié et le désir d'un tableau pour saisir la clef de son âme par le corps de Spinoza révélé en pleine lumière: "Le philosophe", tel était le premier titre du tableau. J'ai l'envie de dire pour finir que Spinoza, c'est l'oeil de Vermeer.

Je viens de voir le tableau au Louvre. L'ongle du petit doigt de la main gauche brille comme un soleil!! Comme la surface d'un verre. Pourquoi? Spinoza ponçant le verre (à la main) aura nécessairement des ongles polis par son propre travail. Voilà : révélation noctune, fiction à la Borges ou était-ce, comme dit toujours Spinoza, CQFD?

20. Le mercredi 27 août 2008 par leo

@jcm. Bravo, cher jcm, je pense que vous tenez là une véritable piste, je vais en parler à mes camarades historiens de l'art. En plus, cette histoire a tout le charme d'un "witz". Je pense à celui de Jacob faisant visiter Tel Aviv à son cousin de Paris : "Et ici, c'est la tombe de Moïshe de Vilno, le soldat inconnu." Le cousin semble surpris. "Oui, comme soldat, il n'était pas très connu, mais comme tailleur !" L'idée que Spinoza était surtout connu à Delft comme polisseur de lentilles, m'enchante.

21. Le mercredi 27 août 2008 par Véra

Une dernière question ? De nos jours, serait-il encore possible qu'un homme fut surtout connu pour son métier alors qu'il excelle aussi dans un autre ? La réponse est sans doute oui car il semble que la philosophie cela n’a pas toujours nourrit son homme non plus. C’est bien mieux d’avoir plusieurs cordes à son arc comme on dit !

22. Le mercredi 27 août 2008 par Zoé

@jcm. "camera obscura", chambre obscure, chambre en nocturne arômatique, antre de la rêverie de Vermeer à Spinoza, chambre "spirituelle, où l'atmosphère stagnante est légèrement teintée de rose et de bleu. L'âme y prend un bain de paresse, arômatisé par le regret et le désir. C'est quelque chose de crépusculaire, de bleuâtre et de rosâtre, un rêve de volupté pendant une éclipse" qu'il est essentiel d'observer instamment, vite peintres, philosophes, écrivains, astronomes, vite une belle lentille polie, telle la musique de Debussy ; "il n'est plus de minutes, il n'est plus de secondes ! le temps a disparu; c'est l'éternité qui règne, une éternité de délices"... Courir au Louvre, ah, vie antérieure, renversé le sablier, Livre de sable, Spleen de Paris... Correspondances, allégories... Ah vitres de couleurs, "vitres magiques, ces vitres de paradis qui font voir la vie en beau !", miroirs de vie sans heurts, de nuit sans heures. Saisir la clé de l'Eternité.

23. Le mercredi 27 août 2008 par jcm

@Léo: cette histoire est une parfaite illustration du problème. @Véra: Spinoza a renoncé à la publication de l'Ethique en raison de menaces réelles qui pesaient sur sa vie. C'est donc un livre qui circulait sous le manteau. Mieux valait conserver son métier vital... Mais le temps de polir, d'adapter le verre pour la "caméra obscura" de Vermeer, leur aura donné l'occasion de soulever le voile. Il y a peut-être bien des choses sous cette nappe plissée du premier plan, d'autant qu'elle constitue à elle seule une bonne métaphore de l'Ethique (cf prélude). Je vais tacher de voir quel livre est ouvert sur la table et pourquoi ce dernier au lieu d'un autre. Ce tableau m'apparaît de plus en plus comme un palimpseste dont témoigne la ribambelle des noms qu'il a portés.

24. Le mercredi 27 août 2008 par jcm

chère Zoé, c'est assez proche de ce que m'inspire la lentille en terme d'éternité et dans le vocabulaire de ce que je veux faire tout en suivant une syntaxe plus philosophique. Je vais réécrire le "bréviaire" et chercher un ton qui se démarque de ce qui existe autant sur Spinoza que sur Vermeer.

25. Le mercredi 27 août 2008 par Alain Baudemont

@Cher Jean-Clet, Hans Koningsberger, (romancier hollandais de naissance) dans son "Vermeer et son temps" (que j'ai en mains) 1632-1675; Original Us edition @1967 Time-Life Books Inc... Explique, en effet, "qu'un aspect de la peinture de vermeer a contribué à convaincre les spécialistes qu'il s'était effectivement servi d'une "chambre noire", c'est sa manière originale de traiter le jeu de la lumière sur des surfaces complexes. dans la "Vue de Delft", comme dans "la Jeune fille à la flûte", il fait littéralement étinceler la lumière. Un examen plus appronfondi révèle que les zones scintillantes correspondent à de petites touches granulées de peinture, des "pointillés", semblables aux points lumineux, flous et entremêlés apparaissant sur une photographie dont l'objectif n'a pas été réglé et que les photographes appellent de "cercles de diffusions". Si tel est le cas, comment Vermeer aurait-il pu les observer dans la nature, alors qu'ils correspondent à un phénomène qui n'est pas visible à l'oeil nu ? En revanche, il aurait pu les voir dans l'image imparfaite captée par les "lentilles" primitives d'une chambre noire. Ce serait une des marques du génie de Vermeer d'avoir su tirer parti de ces "perles" dansantes de lumière pour en faire les pointillés qui illuminent ses toiles, au point que les rayons du soleil y semblent "pris au piège".

Votre enquête est fort savante et l'affaire de l'ongle brillant est d'une finesse d'observation...

26. Le mercredi 27 août 2008 par leo

@jcm. Ce serait une page du traité Sur l'étude ou l'observation des étoiles de Adriaen Metius. C'est Pascal Bonafoux qui le dit.

27. Le mercredi 27 août 2008 par leo

@jcm. Et là.

28. Le mercredi 27 août 2008 par jcm

Cher Alain Baudemont: eh oui, c'est là le problème de la perle dont la structure est constitutivement la même que celle de la lentille. C'est très utile votre commentaire! Merci @léo, je vais voir!

29. Le mercredi 27 août 2008 par Véra

Quand on regarde la sphère du tableau, ce n’est pas une carte de géographie qui apparaît mais une constellation de planètes, non ? Pour le livre, c’est peut-être la Torah ou les Prophéties de Nostradamus ?

		

30. Le mercredi 27 août 2008 par jcm

@Véra: nous sommes entrés dans une phase laboratoire. L'essentiel sera de porter le propos vers un mode de vérité et de compréhension qui soit celui de l'image en même temps que de la littérature où le mensonge peut accoucher d'un monde. Et se donner en passant les moyens d'un belle démonstration qui puisse donner l'envie de rebaptiser le tableau : "Le philosophe".

Il faut apercevoir maintenant le rapport secret de Spinoza et de ce livre.

31. Le mercredi 27 août 2008 par Zoé

Cher Jean-Clet, je vais y aller aussi très bientôt au Louvre admirer cette oeuvre de plus près, à la loupe, autre lentille... dans l'espoir de glâner quelque indice, que la toile réfléchisse davantage encore et tenter d'en capter l'éclat. Je ne manquerai pas de vous rapporter mes humbles observations...
J'ai grandement souri à la lecture de votre dernier volet du bréviaire et notamment à la découverte de ce dialogue imaginaire entre "vous", Spinoza et Vermeer.

Je suis convaincue que vous parviendrez à ce subtil équilibre entre poésie et philosophie pour le style, que vous nous régalerez comme à l'accoutumée de savantes acrobaties en digne funambule sur le fil de la pensée.

32. Le mercredi 27 août 2008 par Alain Baudemont

@Léo Scheer. Cher Léo, vous n'avez pas écrit "wit", car certainement vous n'étiez pas sans savoir que wit, sans "z" privilégiait la signification de plaisanterie intellectuelle, comme lorsqu'on dit de quelqu'un qu'il est un homme d'esprit (man of wit) Calembours, notamment histoires drôles et juives.. Vous avez bien écrit "witz" mais comme si (il me semble) vous preniez le Witz de Freud, comme on s'y résigne, ici ou là, pour le vocable strictement britannique de "nonsense"; si c'est le cas, si c'est un nonsense, cette histoire Spinoza/Vermeer, est-ce alors pour ne pas directement avouer qu'en vérité le herem de 1656, (qui n'est toujours pas levé), à propos de Spinoza, est un nonsense. Vermeer aurait "donné du travail à Spinoza, car ce "pauvre philosophe n'était pas loin de "crever de faim" à cause que plus personne, de "sa" communauté en Hollande, ne voulait ni ne pouvait lui parler, et en échange d'une mise au point d'une certaine lentille capable de faire apercevoir des choses que l'oei nu ne saurait voir. Et bonjour la peinture de "Lumière", si réputé de Vermeer, grâce à Spinoza. La lumière peut se voiret ce n'est pas celle de Dieu le Père. Le Matérialisme n'est plus très loin et tout ce qui y fait trstement suite par ailleurs. Emmanuel Levinas, comme vous le savez probablement, a porté un jugement (qui semble - quand même - de facture ambivalente) soulignant le "rôle néfaste" de Spinoza dans la "décomposition de l'intelligentsia juive"; il ne nie pourtant pas l'importance décisive de son "hommage suprême" à la raison, en précisant que "le rationalisme ne menace pas la foi juive". Pour Levinas comme pour Cohen, la "trahison" de Spinoza est d'avoir fondé la liberté moderne et d'avoir affirmé la prééminence de la raison sur la religion en reprenant la critique radicale du christianisme envers le judaïsme, selon laquelle la religion du Christ a libéré les nations du joug d'une Loi oppressante. Cohen, de son côté insiste sur le fait que Spinoza "interprète" le Nouveau Testament comme religion universelle, alors que l'universalité ferait défaut à l'Ancien. Levinas surenchérira en écrivant que grâce au rationalisme patronné par Spinoza, "le christianisme triomphe subrepticement". Pour Levinas,, Spinoza "a subordonné la vérité du judaïsme à la révélation du Nouveau Testament", privant en quelque sorte son propre peuple du fondement de son identité. De son côté, Jacques Lacan aura proposé de rendre Witz par trait d'esprit (Écrits, Seuil, 1966, p. 522) quand Marie Bonaparte et Marcel Nathan, optèrent, quant à eux pour "mot d'esprit" (Gallimard, 1930). Donc, pour vous, cher Léo, witz est-il entendu comme nonsense, comme mot d'esprit, ou comme trait d'esprit. Cela n'est pas sans intérêt, quand, par ailleurs, il s'agit de savoir si Vermeer, dans ses échanges avec le "rejeté", a traité tout à fait comme son égal, Baruch Spinoza, ou d'une manière tout à fait familière comme une sorte de raccourcie au maximum qui s'énoncerait ainsi : “ D'une manière autant qu'un polisseur est capable de le faire".

Pour autant, cher Léo, si je vous semble quelque peu clair, je n'y suis aucunement comme d'un polisson.

33. Le mercredi 27 août 2008 par Le saumon fumeux(Michel)

Mais cher Alain le mot c'est le trait té!(avec l'accent de la pensée du mi-dit)

34. Le mercredi 27 août 2008 par Le saumon fumeux(Michel)

Et vers mer toujours recommencée je vogue toutes voiles dehors comme personne sous spi n'osa.

35. Le mercredi 27 août 2008 par Alain Baudemont

@Nemo. Je vois que le Maître de la mer vous a relaché, mais seulement sur ordre en cinq exemplaire, daté et signé, du capitaine Elbio d'Anamutan. Mon ami le Poète m'a téléphoné hier soir et il m'a dit "Ah, hier après-midi, j'ai vu un bonhomme qui nageait sur le dos, il allait rudement vite, m'avait l'air d'être en forme, le nageur". J'ai tout de suite pensé à léo Nemo, le Petit Génies de L'Alpage Maritime et d'Ailleurs.

36. Le jeudi 28 août 2008 par Le saumon fumeux(Michel)

oui ce bain sur le dos m'a fait un bien fou mais dans la nuit suivante les douleurs ont recommencé...L'accouchement est plus difficile que prévu...Je m'entraîne à ne plus rien prévoir...

37. Le jeudi 28 août 2008 par Alain Baudemont

@jcm. Cher Jean-Clet Martin, vous écrivez à Léo : "Dans toute enquête (je prends ce mot au sens de Hume)"...

Vous savez bien mieux que moi (je ne suis pas philosophe) que David Hume, dans son Traité de la nature humaine (1739), explique que l'on ne peut jamais déduire "doit" de "est" : en philosophie morale on appelle ça "la loi de Hume".

Si les valeurs ne peuvent pas se déduire des faits, cela implique que le discours religieux, qui prétend justement déduire des valeurs de certains énoncés factuels tels que "Dieu a crée le monde", "Dieu a fait l'homme à son image" est fondamentalement erroné.

Cher Jean-Clet Martin, quand vous écrivez "au sens de Hume", est-ce , en fait, pour dire : Attendez vous à savoir, je suis comme Hume, cher Léo, je veux dire d'abord "qu'il est bon" (prémisse) que Vermeer soit Spinoza" ou inversement; mais dire "Spinoza est Vermeer" ou "Vermeer est Spinoza", je ne le dis pas, cela, car c'est un vice de raisonnement.

38. Le jeudi 28 août 2008 par leo

@Alain Baudemont. Pardon, cher Alain Baudemont, du retard de ma réponse, comme vous le savez j'ai "HÉNAURMÉMENT" de pains sur les planches, je ne sais comment décider entre les deux interprétations du witz dans votre très fine analyse. Peut-être les deux, mon capitaine. Ou une troisième, plus Althusser que Lévinas ou Lacan, d'une "surdétermination en dernière instance par l'infrastructure du mode de production" (et de polissage) de la lentille qui permet de poser un nouveau regard (hyper-réaliste) sur ce monde capitaliste naissant. Si Spinoza était plus connu à Delft comme polisseur de lentille qu'à Heidelberg comme philosophe, cela éclaire d'un jour différent sa "trahison" du judaïsme. "Trahison" dont je ne parviens pas à me persuader tant je pense aussi que le Nouveau Testament a des racines peut-être plus anciennes que l'Ancien et que l' "identité juive" s'y retrouve pleinement, justement comme un witz de l'histoire de ce "peuple du Livre".

39. Le jeudi 28 août 2008 par jcm

@Alain Baudemont: je dis enquête, parce que le lien n'est pas donné a priori mais doit être construit. C'est même cela l'empirisme de Hume. Aucune garantie n'est donné par un fait. Même le soleil... Il faut donc toujours en passer par une expérience capable de montrer la validité d'un fait et par conséquent établir au travers d'une enquête de quel "type" d'association il peut s'agir et dans quel domaine il est légitime. Hume écrit des "Enquêtes sur..." et se révèle être le grand maître des associations d'idées. Ici : comment construire l'association Spinoza-Vermer et à quelle condition peut-on parler comme d'un fait? (Hume=Holmes)

40. Le jeudi 4 septembre 2008 par jcm

@Zoé: j'ai enfin lu le livre de Pontus Hulten. Il s'agit d'une simple juxtaposition des deux noms, un rapprochement qui repose sur leur athéisme respectif. Donc rien de substantiel sur le tableau qui m'intéresse ni sur leur rencontre. Par contre j'ai appris, par d'autres sources, que Leeuwenhoek qui avait fabriqué plus de 400 microscopes connaissait très bien Vermeer. Il est sans doute le lien entre le peintre et Spinoza qu'il devait avoir employé (l'un et l'autre étant pour ainsi dire voisins).

41. Le jeudi 4 septembre 2008 par Zoé

@Jcm. Oui dommage. Mais il ne faut négliger aucune piste, n'est-ce pas ce que dirait un "Hume-Holmes" ? Je crois que vous êtes en effet sur la bonne voie... Sinon, vous savez, il y a dans ce tableau quelque chose qui m'intrigue beaucoup, il s'agit de cette pièce d'étoffe sur la table que l'on retrouve aussi dans le Géographe. Et comme je suivais votre piste Leeuwenhoek, je découvre qu'il était marchand de tissus, une activité familiale...

42. Le jeudi 4 septembre 2008 par jcm

@Zoé: très bonne occurrence, ce tissu! Mais j'aime également l'idée de la substance unique qui peut recevoir des plis à l'infini, une diversification de ridules à suivre de manière continue comme autant de modes ou modulations d'une inflexion univoque. Et là, on retombe sur Spinoza... notion commune pour les deux

43. Le jeudi 4 septembre 2008 par Véra

Surtout que le tissu du draper est le même que celui de la nappe qui recouvre la table. On devine aussi un petit coussin (?) La tache de lumière sur le pli dans le coin gauche qui est sensé être dans l'ombre, est surprenante. C'est comme s'il y avait un au éclairage que celui de la fenêtre et diffusé par celui qui regarde le tableau, en "spectateur" ? Sur l'horloge (en bois ?) fixée à l'armoire, et qui semble indiquer 8 ou 20 h 20, je vois aussi deux autres petits cadrans indiquant des heures différentes. Celles d'un autre pays ? Pour les couleurs, on dirait que le peintre a superposé une fine pélicule de bleu sur un fond jaune lumière pour obtenir une symphonie de verts. Ce qui donne au tableau cet effet de lumière qui se répand partout par transparence. Mais peut-être n'est-ce qu'un effet de la reproduction ? Je n'ai pas vu l'original. La main qui touche la sphère doit avoir aussi une signification ? Est-ce une simple caresse pour la pose, ce qui paraît très improbable, un geste d'apaisement, ou le contraire ?

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