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671. Préface Mystère. PROUST (3) par le hareng sort (de sa réserve)

Par general, mercredi 13 août 2008 :: #671 :: rss

On apprit à connaître les « années-Condorcet », le lycée de la rive droite, non loin de la gare Saint-Lazare, où Taine et Sainte-Beuve furent élèves, où Mallarmé fut professeur, et que fréquentaient à l’époque les enfants de la riche bourgeoisie de la plaine Monceau. Proust y fit des études que sa santé fragile rendait intermittentes, mais il passa tout de même facilement son baccalauréat (1889) et obtint un prix de philosophie après avoir suivi les cours d’un professeur remarquable, Alphonse Darlu, qui marqua durablement sa pensée. On connut sa passion du théâtre. On connut ses camarades – Jacques Bizet, Fernand Gregh, Daniel Halévy – qui admiraient ses exceptionnels dons littéraires, mais qu’agaçait un caractère trop sensible. On lut le fameux « questionnaire » auquel Proust répondit à treize ans, et on compara ses réponses à celles qu’il fit au même questionnaire sept ans plus tard : dans l’un comme l’autre, il est déjà tout entier.
On le suivit au cours des « années mondaines », qui commencent à sa sortie du lycée, et dureront plus de dix ans. Années actives, années heureuses. Sa santé n’est pas rétablie mais elle s’est améliorée. Elle ne lui permet pas –c’est du moins ce qu’il expliquera à ses parents –de choisir un métier comme ses camarades : après deux années à la faculté de droit et à l’Ecole libre des sciences politiques il sera nommé attaché à la bibliothèque Mazarine, mais n’y mettra jamais les pieds, et sera considéré comme démissionnaire en 1900. Mais elle ne l’empêche pas de remplir ses obligations militaires à Orléans (1889) ni de faire plusieurs voyages avec des amis –à Ostende en 1889, à Saint-Moritz en 1893, à Belle-Ile et à Beg-Meil en 1895, à Amsterdam en 1898, à Venise en 1900, à La Haye en 1902. Elle ne l’empêche pas non plus de se battre en duel (avec Jean Lorrain, en 1897, qui l’a traité de « pelléastre ») ni de suivre avec passion les audiences du procès Dreyfus. Ni enfin, ni surtout de réaliser son rêve, d’entrer dans les « salons » (de Mme Strauss, de Madeleine Lemaire, de Mme Aubernon, de Mme Arman de Caillavet) dont il commence à faire méthodiquement la conquête. La littérature peut l’y aider. Il y excelle. Il a fondé une revue d’anciens camarades de Condorcet, Le Banquet (1892), et il est le premier d’entre eux à publier un livre, Les Plaisirs et les Jours (1896) dont Charles Maurras et Léon Blum feront l’éloge. Jacques-Emile Blanche, peintre des personnalités, fait son portrait. Enfin il connaît les joies de l’amour – et ses tourments – avec un jeune musicien, de deux ans son cadet, Reynaldo Hahn, les joies de la mondanité –et ses désagréments – avec un aristocrate féru de poésie, Robert de Montesquiou.

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